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A la recherche des maîtres perdus

« Maîtres et métayers ». Ce couple lexical, fruit de l’histoire sociale des Landes de Gascogne, est au cœur du propos de Marquèze, et y sera particulièrement le 15 avril. Au jeu des associations mentales, c’est un automatisme incontournable. L’un ne va guère sans l’autre.

D’entendre, aujourd’hui encore, qu’untel ou une telle est « fils ou fille de métayer » dit bien, malgré le temps qui file, qu’on procède toujours d’un groupe social. Même après sa disparition. Et toujours fortement dans ce territoire. Comme aurait pu le dire Lévi-Strauss, la parenté est décidément une chose bien plus compliquée qu’un Papa et une Maman.

Il y a une pointe de fierté ou de déférence, à s’affirmer, ou à nommer ainsi. Après toutes ces années passées dans les Landes, personne ne nous a été présenté comme « untel ou une telle, fils ou fille, de maître ». …Pourtant s’il n’y a plus de métayers d’un point de vue économique, il y a cependant toujours des propriétaires, même si les groupements forestiers, les sociétés anonymes, ont pris une place importante. Les entreprises de travaux forestiers ont en revanche totalement remplacé les métayers pour l’entretien et l’exploitation de la forêt.

Est-ce à dire que les métayers ayant disparu, il n’y aurait plus de maîtres ?... Ou que passer du gascon « lo meste » au français « le maître » trahirait en mauvaise part la dimension affective, mais pour tout dire paternaliste, de leurs relations ? Ce côté obscur de la force, ou le hapchot tiendrait lieu de sabre laser ?

C’est souvent une représentation des rapports sociaux qui se joue dans ces questions de vocabulaire. Plusieurs fois nous avons entendu désigner de « Monsieur » ou « Madame », des propriétaires ayant comme d’autres, avec l’argent de la résine, construit près d’un bourg leur nouvelle demeure, leur grande maison bourgeoise devenant « château », et plusieurs fois aussi entendu parler de « Monsieur gendre » pour désigner certains qui auraient « épousé » des pins…

Félix Arnaudin Lüe pins Lilère

                                                          Félix ARNAUDIN, Lüe, pins Lilère, 21 janvier 1892_Inv. 66-27-2028

 

Si le sens du gascon « meste » est sans doute plus proche en français de « patron » que de « maître », ce terme n’en recouvre pas moins une dimension organisationnelle spécifique. Jusqu’à ce qu’elles soient codifiées par la loi en 1889, les règles du métayage agricole variaient d’un village, voire d’un quartier à l’autre, relevant d’une coutume définie parfois à l’échelle infiniment locale. Dans le métayage agricole qui prévalait ici, la relation fonctionnelle entre propriétaire et métayer, plaçait ce dernier en situation de dépendance totale, de sujétion exclusive vis-à-vis du propriétaire.

Nous ne rappellerons pas tous les devoirs contractuels du métayer. Il suffit de savoir que tout est codifié dans le moindre détail. Au-delà du partage des récoltes il y a les redevances tenant lieu de loyer, le nombre d’œufs, de chapons, de poulardes, de balais en sorgho… est spécifié. A eux s’imposent aussi les corvées, travaux gratuits dus au domicile du propriétaire par le métayer ou sa famille… Il n’était pas jusqu’à cette dernière dont la taille ne dût s’adapter aux besoins de l’exploitation. A la famille nucléaire (papa, maman, les enfants…) devaient en fonction de l’exploitation, s’allier d’autres familles, (papi, mamie, les frères et sœurs…) voire des familles hors lignage.

Le hic dans cette histoire réglée au carré, c’est l’argent. L’argent de la résine. Cette part accessoire du contrat jusqu’au milieu du XIX° siècle, devint prépondérante dès lors que le travail forestier l’emporta. Faisant l’objet d’un partage des gains en fin d’année, elle donna l’illusion d’un salaire. Bien que largement diminuée, l’activité agricole demeurait malgré tout et permettait d’occuper les vides d’une journée : très tôt le matin avant la pique du jour et tard le soir après le gemmage, le dimanche…les femmes pour combattre leur penchant à l’oisiveté, avaient quant à elles, en plus du travail à la maison, dans les champs, ou au jardin, récupéré une grande part du travail agricole de leurs hommes et hérité de nouvelles tâches liées à l’exploitation de la résine.

gemmeurs Emile Vignes

                                                           Gemmeurs, Emile Vignes

Les cours de la résine déterminaient les gains de chacun. Ainsi la guerre de Sécession, en Amérique, bloqua les exportations de produits résineux et de bois, des ports de Géorgie. Quand la gare d’Atlanta flamba, traversée par Clark Gable dans « Autant en emporte le vent », les cours de la résine en firent autant à la bourse de Dax. Ces variations ravivèrent chez plusieurs propriétaires des envies, bien humaines, de partage inégalitaire de la vente de la résine. 

On nous a souvent dit en protestant que tous n’étaient pas ainsi. Qu’il y en avait, comme les poissons volants, qui faisaient exception à l’espèce. Ils furent cependant assez peu nombreux pour que plusieurs révoltes, d’abord spontanées, aient lieu, dont la « révolution de Sabres », en 1863, qui fut l’un des premiers mouvements de forte ampleur, mobilisant la gendarmerie à cheval contre 3 à 400 métayers gemmeurs soutenus par la population.

Gemmeur bas relief Morcenx

                                                                                          Gemmeur, bas relief, salle des fêtes de Morcenx

Dès le début des années 1900 ces révoltes se multiplièrent, prirent de l’importance et redoublèrent de violence. Alors que la majorité des propriétaires s’accrochaient à une vision paternaliste des relations avec les métayers, ces derniers étaient de plus en plus nombreux à faire petit à petit l’expérience de la lutte collective.

Se défaisant d’une vision ancienne du monde, ils se pensaient de moins en moins en paysans et de plus en plus en membres d’une classe ouvrière en pleine ébullition dont ils épousaient graduellement les codes, les formes de lutte, de solidarité et d’organisation.

Mais la suite est une autre histoire.

Marc Casteignau

 

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